Rencontre avec des réalisateurs japonnais à Alger

Jeudi 28 et vendredi 29 octobre derniers, les réalisateurs, scénariste et metteur-en-scène japonais Takahashi et Shiota, ont accepté de jouer le jeu pour l’ambassade du Japon, afin de promouvoir la culture japonaise en Algérie, et sont venus, très aimablement et humblement, nous présenter leurs films « dororo » et « ring », et répondre aux questions des curieux.
Cette initiative commença Jeudi matin, avec une conférence des cinéaste, une conférence fort intéressante grâce à laquelle ont a appris énormément sur le cinéma japonais, et ce qui le distingue du cinéma des autres pays.
M. Takahashi, qui était l’intervenant principal, commença par nous expliquer que le cinéma au Japon n’est pas ce qu’il a été durant son âge d’or, les années 50,  où des réalisateurs génies, comme Oruzawa ont su faire du cinéma japonais un art qu’on ne saurait imiter, et que le publique était tant adorateur de cinéma (1  milliard d’audience annuelle), que le Japon comptait à l’époque pas moins de 7000 salles de cinéma.
Mais avec l’apparition et la démocratisation de la télévision, et l’arrivée du cinéma américain et européen au pays du soleil levant, la côte du cinéma japonais a  chuté, et on ne comptait plus que 3000 salles de cinéma en 2000 (ce qui reste très largement supérieur au 400 salles (d’après Mme la conseillère auprès du  ministère de la culture), ou des 695 salles (selon un ami documentariste qui fait des recherches sur le sujet) existantes en Algérie et qui sont pour la plupart  fermées). Mais le cinéma japonais, selon les cinéastes, commence à renaître de ses cendres.
M. Takahashi nous explique, et insiste sur ce point, que le cinéma japonais est un cinéma qui n’est pas friand en budget, même qu’il est très limité, et que les sommes dépensées dans la production des films européens, américains, et même algériens, étaient exorbitantes par rapport à ce qu’ils dépensent dans la production niponaise, et nous épargne de faire des calculs en donnant directement des sommes en dinars (vu les taux de change très proches entre le DZD et le Yen), et nous donne à titre d’exemple, le film ring dont il est le scénariste a couté 100.000 dinars (non, y a pas erreur de frappe, je dis bien cent mille dinars, soit 10 millions de centimes), ce qui prouve réellement que les budgets sont faibles, et le film dororo qui a été un peu plus gourmand en budget, et qui compte parmi les films les plus chers sur lequel M. Takahashi et Shiota ont travaillé, a couté 2 millions de dinars (200 millions de centimes), et nous explique que le gouvernement japonais ne donne aucune subvention quant à la production de films, et que c’était aux producteurs de se débrouillés seuls, mais pas question pour les cinéastes japonais de se faire financer par de super grosses boites et d’être obligés de faire des films commerciaux, ils tiennent à
leur indépendance, et M. Takahashi explique brillement que le fait d’être limité par le budget leur permettait de ne pas avoir d’obligations commerciales et d’avoir la liberté de faire des essais, des expérimentations, et d’exprimer pleinement leur talent artistique quitte à ce que le film soit un bide commerciale, sans aucune peur ni crainte, c’est tout l’avantage de l’indépendance.
Il nous explique également qu’au Japon on produit vite, ring a demandé 1 mois de tournage (d’après Mr Takahashi, les coréens, américains et européens  auraient dit que ça prendrait 3 mois au minimum) et qu’à ce rythme, le tournage a demandé de tourner 1 scène toutes les 15 minutes, dororo quant à lui a demandé 90 jours de tournage. Il nous raconte que l’année dernière (2009), il rencontra le cinéaste français Costa Gavras, à qui il
expliqua qu’on produit au Japon 400 films par an, M. Gavras a eu du mal à croire ce qu’il entendait, en France on produit en moyenne 60 à 70 films par an, M. Takahashi a expliqué qu’il était conscient que les occidentaux ne considéreraient pas le cinéma japonais comme du cinéma vu les budgets et les durées si courtes de tournage, mais c’est cela le cinéma japonais, car au Japon, on pense d’abord à divertir l’audience, et non pas à faire des chiffres d’affaire faramineux, «  le commercial tue l’artistique », nous explique M. Takahashi.
Le remake américain du film ring a demandé 2 milliards de dinars de budget et le réalisateur a touché 7 millions de dinars pour son travail, M. Takahashi ne  cache pas qu’il a un mauvais égard quant à ça. Il enchaîne sur le commencement de sa carrière, et son expérience cinématographique, au début, lui
et ses amis n’avaient aucune expérience, ils faisaient des tournages à l’université, et essayaient d’apprendre le cinéma en regardant des films au cinéma, les  salles de cinéma étaient leurs classes, il s’estime heureux car leur époque a connu une belle avancée technologique selon lui, l’apparition du 8mm et du 16mm, des technologies peu onéreuses qui leur permettait de tourner pour pas cher, et d’avoir leurs premières expériences de tournage, et le cinéma ne se limitait plus  juste au grosses boites de production.
Il nous explique que pour les pays musulmans c’est un peu polémique de parler de ça, mais qu’au Japon le cinéma porno était très répandu, et qu’il présente un  avantage tel que la plupart (pour ne pas dire tous) des cinéastes, acteurs et scénaristes japonais ont pris leur armes dans le porno, c’est un cinéma qui a donné  beaucoup au cinéma japonais selon M. Takahashi. Tout en insistant sur les bas budgets, il explique que les expérimentations que ça leur a permis de faire a fait en sorte que les genres se diversifient, se développent, et développent alors le cinéma japonais, et que le cinéma algérien s’est calqué sur le cinéma français (sur  un plan technique et méthode de travail, il ne parle pas des sujets traités dans les films algériens, donc à ne pas confondre), et c’est ce qui rend normal que  pour les algériens, c’est tout à fait normal de tourner à gros budgets, et utiliser beaucoup de temps.
Aujourd’hui, M. Takahashi explique qu’il bénéficie de matériel qui facilite le tournage, la synchronisation, grâce à l’innovation, et il espère une bonne relève  de la jeunesse japonaise dans le domaine du cinéma. M. Shiota prend la parole (après la longue intervention de M. Takahashi), et explique que l »un des premiers films qu’il a tourné (dont il ne cite pas le titre) était un scénario de M. Takahashi, un moyen métrage de 75 min qu’ils ont tourné en 5 jours seulement.
Puis parle de son film, dororo, un film de samouraïs, le combat d’un enfant dont le destin est malheureux, l’histoire est tiré de la bande dessinée d’un dieu du  manga japonais, Hiyao Tezuka, il nous explique alors le parcours de ce dessinateur, il explique qu’un autre dessinateur, Miasaki, a essayé de surpasser Tezuka,  mais il n’a pas réussi, du coup, il s’est retranché sur l’anime. Tezuka est un dessinateur qui fait des BD pour enfants, très naïves, mais sans qu’il ne censure les questions du bien et du mal, de beauté ou d’horreurs, il affiche sans retenue des scènes d’amputés, de vols, de guerres, il n’en parle pas pour exprimer l’horreur,  mais pour ne rien cacher de ce qui existe dans ce bas monde, sans rien renier, pour M. Tezuka, devenir adulte c’est se demander ce qu’on peut voir ou pas, du  coup, il a opté, d’une manière originale à ne pas faire choisir aux enfants ce qu’ils doivent voir, en leur montrant tout, il croyait en la sensibilité des enfants, et  la culture japonaise populaire d’aujourd’hui en reste fortement marquée, et on a gardé ce modèle là dans les histoires, BD, anime et cinéma japonais. Shiota nous explique que quand M. Takahashi était jeune, il a vu des spectres (fantômes) chez lui, une histoire que Takahashi n’a jamais renié même en étant adulte, il explique que le fait d’y avoir toujours cru a contribué à la réussite du film ring dont il est le scénariste. M. Takahashi explique que pour apprécier un film, il  faudrait le voir dans une salle de cinéma, pour le théâtre ou la musique, c’est facile d’expliquer que c’est meilleur quand on y assiste en salle de spectacle ou dans un théâtre, mais pour le cinéma, c’est moins évident, il explique que comme pour tout le monde, il regarde des films aussi en DVD, mais que l’expérience  était loin d’être pareille, car un film ne s’agit pas que données, mais d’une expérience collective à vivre en communauté dans une salle de cinéma, on s’y  aperçoit que les gens ne réagissent généralement pas de la même façon que soit, chacun a ses propres réactions, mais ça crée une certaine atmosphère dans la  salle, c’est « un jugement décisif prononcé dans la salle » explique-t-il, il nous raconte qu’il aime bien aller voir ses films et ceux de ses amis, et s’assoir tout au  fond de la salle pour voir les réactions des gens, une façon d’entendre sa sentence, il explique que si les spectateurs jugent bien, il appréciaient, mais s’ils n’aimaient pas, il s’envoulait « à mort », mais il acceptait.
Durant les questions, la conseillère au ministère de la culture posa une question portant sur la formation au cinéma au Japon, M. Takahashi explique qu’il  existe depuis les années 90 plein d’école de cinéma dans les grandes villes japonaises, il en existe des publiques comme des privées, mais les écoles publiques  sont très sévères à l’entrée, alors que les écoles privées n’imposaient qu’une seule condition, avoir 18 ans, et rien d’autre (une méthode qui aiderait plein de  jeune chez nous je pense), et que pour la débauche, à l’exemple des premiers cinéastes au début du siècle qui étaient sensibles à ce que les gens voulaient voir,  et produisaient des films par eux même pour eux même, les étudiants étaient tenus de présenter un produit, un film, qu’ils produisaient eux même, et qu’ils devaient diffusés dans une salle de cinéma (y a plein de petites salles dans les grandes villes japonaises qui acceptent de diffusés des films indépendants (car c’est ainsi qu’on considère les films de ces étudiants), cette méthode a même permis à Takashi Shinosun, de travailler comme réalisateur à Hollywood.

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Une réflexion sur “Rencontre avec des réalisateurs japonnais à Alger

  1. Trés bonne article, je découvre avec du retard dsl.
    C’est vrai que le cinéma japonais est trés interessant, je conseille notamment les films de samourai de Kurosawa ou plus récemment les films de Takashi Kitano.

    Par contre y’a pas une de mise à jour depuis longtemps sur ton blog 😦

    Au plaisir de te lire.

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